Association d’histoire du lycée de Savenay

L’histoire 1942-1945

ALIMENTATION

extrait du fascicule n°2, JY Martin, 1985

lundi 29 novembre 2010, par Ronan Pérennès


Pendant l’Occupation, le problème alimentaire est réel. Qu’en est-il à Savenay et plus précisément pour les élèves du Collège Moderne ? A en croire une lettre du Docteur HALGAND adressée au printemps 1942 au Directeur, si la situation ne semble pas vraiment alarmante, il y a bien quelques difficultés :

« Docteur F. HALGAND le 25 avril 1942
Monsieur GRADAIVE,
Malgré les diminutions de poids inhérentes aux rations alimentaires plus
qu’inférieures qui nous sont distribuées, nos enfants ne présentent rien d’anormal.
Il y aurait intérêt je crois à compléter leurs fiches individuelles en y notant les mensurations et les poids (…)
Je vous prie de croire à mes meilleures amitiés
F. HALGAND »


La situation, à la rentrée 1943, est précisée par le Directeur dans son rapport au Conseil Général, en date du 15 octobre, dans le paragraphe consacré à l’alimentation : « L’établissement ne possédant pas d’internat, il ne s’agit que de la nourriture des demi-pensionnaires. Ces derniers s’accommodent des aliments qu’on leur donne. Dans la mesure où l’approvisionnement le permet et où la modicité du tarif l’autorise, poissons, oeufs, viandes, légumes secs, fruits sont fournis au demi-pensionnaires ». C’est reconnaître qu’il y a, à la fois, des problèmes de quantités et de prix. Il souligne néanmoins que « l’insuffisance des vitamines ne se pose pas dans le pays ».

Au printemps de 1944, le problème alimentaire se pose à Savenay, comme dans l’ensemble du territoire, et en tous cas, dans le département de Loire-Inférieure, sous la forme de l’insuffisance des livraisons en grains des agriculteurs. Le préfet s’en émeut et fait parvenir, le 24 mai, une circulaire d’une teneur assez alarmiste au Maire de Savenay, M. Charles GUELLEC, en lui conseillant, en Post-Scriptum, de « donner connaissance de cette lettre aux personnes que vous choisirez vous-même, notamment vos adjoints, conseillers municipaux, au syndic de la Corporation Paysanne, au Curé, à l’Instituteur … ». C’est à ce dernier titre que M. GRADAIVE paraphe le document en précisant ; « lu et communiqué aux élèves du Collège Moderne ».

Que dit ce texte ? « Les populations de la Loire-Inférieure, dont un tiers environ peut-être considéré comme réfugiées, sont à la veille de connaître la disette sous la forme la plus dangereuse, socialement parlant, puisqu’il s’agit de leur ravitaillement en pain… A l’heure actuelle, nous n’avons plus que quelques jours de vie d’assurés. Des villages, des villes ont déjà manqué de pain … C’est donc un appel angoissé, un véritable cri d’alarme que je lance… L’esprit d’humanité est en cause. Le principe de l’ordre social lui-même est en jeu ». « Je vous demande simplement, fermement, de m’aider à défendre l’un et l’autre, en bon français qui veut croire au relèvement de son pays dans l’ordre, l’honneur et la dignité… Demandez au prêtre, à l’instituteur, au syndic de vous aider dans cette tâche noble entre toutes. Un sermon, une réflexion à l’enfant, un conseil d’un agriculteur autorisé à un autre agriculteur, peuvent avoir d’heureux effets ». Qui sait ce que les élèves du Collège Moderne, enfants d’agriculteurs, auront bien pu transmettre de ce message à leurs parents ?

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