Association d’histoire du lycée de Savenay
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Les Hussards noirs de la République

Panneau n°5

vendredi 1er avril 2011, par Ronan Pérennès


En 1880, 1881 et 1882, Jules Ferry édicte trois lois qui rendent l’école respectivement laïque, gratuite et obligatoire. C’est la base de ce que l’on a appelé « l‘école de la IIIe République », et qui est à l’origine de notre école actuelle.

Les premiers rapports annuels de l’école normale de Savenay évoquaient l’enseignement de la religion pour les élèves-maîtres. L’année 1882 avec la parution de la loi N° 11 696 du 8 mars, rendant l’enseignement primaire obligatoire, met un terme à cette instruction religieuse au sein des écoles : « Les écoles primaires publiques vaqueront un jour par semaine, en outre du dimanche, afin de permettre aux parents de faire donner, s’ils le désirent, à leurs enfants, l’instruction religieuse, en dehors des édifices scolaires ».

Cet idéal de laïcité va envahir les écoles de la république et fortifier l’image de l’instituteur.

Jules Ferry est aussi l’inspirateur d’une organisation exemplaire du système de formation des maîtres : issus de toutes les couches sociales, mais sélectionnés comme une élite intellectuelle, ces hommes graves vêtus de noirs, les hussards noirs de la république répandront dans les campagnes leur idéal de laïcité, de tolérance, et d’un savoir rationnel et éclairé .

C’est Charles Péguy qui popularise le terme de Hussards Noirs de la République (dans L’Argent en 1913) pour désigner les instituteurs. « Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. Sveltes ; sévères ; sanglés. Sérieux, et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence... » dira d’eux Charles Péguy.



Des hommes issus bien souvent de familles nombreuses, de toutes les couches sociales et de divers endroits du département comme en témoigne le projet de répartition de 4 bourses de 425 francs en 1884.
1. Blandin de St Mars la Jaille, a obtenu 62 points ½, une demie bourse. Père instituteur, 22 ans de service ; 3 enfants.
2. Langouët, d’Erbray, 53 points ¾, une demie bourse. Père débitant ; 5 enfants.
3. David, de Trans, 52 points ½, une demie bourse. Père commerçant ; 8 enfants, 3 à sa charge.
4. Roux, de Bouvron, 51 points ½, une demie bourse. Père instituteur ; 2 enfants.
5. David, de Grandchamp, 48 points ½, une demie bourse. Père cultivateur ; 6 enfants.
6. Guépin, de Mauves, 44 points ½ , une demie bourse. Père marinier.
7.Bouthomy, du Clion, 44 points, une demie bourse. Père chaufournier ; 8 enfants.


Ce surnom de hussards noirs de la République vient, d’abord, de la couleur noire et austère des vêtements des instituteurs issus des Ecoles Normales.

L’institution bannit, en effet, toute ornementation et tout superflu. Mais d’autre part, et c’est là peut-être le plus important, de ces Écoles Normales sortaient des instituteurs qui, s’ils étaient tous habillés dans les mêmes tons, avaient surtout reçu une véritable mission (le terme n’est pas trop fort) : instruire la population française.

« Un long pantalon noir, mais, je pense, avec un liséré violet. Le violet n’est pas seulement la couleur des évêques, il est aussi la couleur de l’enseignement primaire. Un gilet noir. Une longue redingote noire, bien droite, bien tombante, mais deux croisements de palmes violettes aux revers. Une casquette plate, noire, mais un croisement de palmes violettes au-dessus du front. Cet uniforme civil était une sorte d’uniforme militaire encore plus sévère, encore plus militaire, étant un uniforme civique. Rien n’est beau comme un bel uniforme noir parmi les uniformes militaires. C’est la ligne elle-même. Et la sévérité. Porté par ces gamins qui étaient vraiment les enfants de la République. Par ces jeunes hussards de la République. Par ces nourrissons de la République. Par ces hussards noirs de la sévérité. Je crois avoir dit qu’ils étaient très vieux. Ils avaient au moins quinze ans ».

La fin des années 1880 voit la créativité poétique et musicale envahir l’établissement. Pierre Nicolas pour les paroles et E Gascoin pour la musique, normaliens sont, sans conteste, les meneurs de cet afflux culturel. On leur doit, entre autres, les chansons : le Départ de l’Ecole, mon Sapin, Chant de Polka. Pierre Nicolas écrit aussi beaucoup de poèmes comme : la Vision ou le Porte Drapeau, la Marche des Tireurs, les Cloches, la Fauvette, les Enfants, Fleurs Printanières, Petit Sonnet…
Des textes qui mettent souvent en exergue des valeurs patriotiques chères aux « Hussards de la République ».

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